Les Transitions
Centrale
Souvent décriée pour le coût et les risques liés au processus de déconstruction de ses installations obsolètes, l’énergie nucléaire n’en est pas à sa première polémique. Elle semble pourtant aujourd’hui répondre aux attentes de notre système énergétique et cela aussi bien dans la stabilité de notre approvisionnement en électricité que dans le soutien économique local. En effet, si les centrales nucléaires créent de l’emploi durant leur période d’exploitation et de maintenance, elles peuvent également être moteur de croissance durant leur phase de déconstruction, une activité qui tend d’ailleurs à devenir une véritable filière industrielle.
 
Comme pour chaque activité industrielle, les centrales nucléaires ont toutes une date limite d’exploitation et, de façon générale, se pose la question du devenir des installations et usines une fois les productions arrêtées. Car si l’on parle aujourd’hui de prolonger de quelques décennies supplémentaires ces aménagements pour accompagner la transition énergétique en cours, il convient en parallèle de se préparer et de développer les techniques de démantèlement qui permettront de sécuriser et de revitaliser les sites d’exploitation.
 
De nombreux démantèlements ont eu lieu dans les décennies passées et l’expérience acquise durant ces opérations a permis de construire les bases d’un nouveau métier d’ingénierie. Les techniques de démantèlement existent et sont désormais maîtrisées, tandis que les règles de travail entre exploitants industriels et autorités de sûreté sont maintenant clairement établies.
 
Comme l’explique Robert Lallement, ancien Directeur de la gestion des déchets et de l’assainissement au CEA, « l’expérience du démantèlement s’appuie maintenant sur plus de cinquante ans d’activités, ce qui permet d’affirmer que l’on sait démanteler, que le volume des déchets créés par les opérations de démantèlement n’est pas exorbitant, et que les coûts des opérations sont raisonnablement connus et ne grèvent pas le coût du kilowattheure électrique ». On évalue le coût de démantèlement d’une installation nucléaire autour de 15% de son coût de construction et son financement est généralement prévu dès le projet d’origine. 
 
Mais au delà de cet aspect technique et du savoir-faire développé par les énergéticiens français qu’il conviendra d’exporter et de valoriser à l’international dans un futur proche, ces opérations de déconstruction créent aussi une activité dynamique et non négligeable en ces temps de crise économique. 
 
Dernier exemple en date, le démantèlement du réacteur surgénérateur à neutrons rapides (RNR) Superphénix sur le site nucléaire de Creys-Malville en Isère et dont le processus de déconstruction a dépassé cette année les 55%. Ce chantier en cours depuis plusieurs années et décidé après l’arrêt définitif du réacteur en 1997, progresse à un rythme constant et a validé en 2014 une étape primordiale de son processus de démantèlement via l’application d’une nouvelle technique de vidange innovante.
 
Les travaux de déconstruction et de sécurisation sont prévus jusqu’en 2028 et le site continuera d’employer plusieurs centaines de techniciens et agents EDF tout au long de cette période. Le site de Creys-Malville emploie à ce jour 90 salariés d’EDF et 300 prestataires et a embauché récemment 8 agents EDF et quatre apprentis supplémentaires pour pallier les départs en retraite. Signe que le démantèlement est aussi un secteur d’activité porteur de croissance et créateur d’emplois. 
 
Rappelons enfin que le Superphénix est un ancien prototype français de réacteur surgénérateur à neutrons rapides (RNR), d’une puissance de 1 240 MW. Mis en service en 1986, il était conçu pour produire de l’électricité et était refroidi par du sodium liquide. C’est le seul RNR à avoir atteint le seuil de production industrielle d’électricité. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *