L’Union européenne taxe le solaire chinois

L’Union européenne taxe le solaire chinois

 

Grâce à des investissements massifs dans l’industrie photovoltaïque et un coût du travail très bas qui ont permis de baisser les coûts de fabrication, la Chine est devenue le premier producteur mondial de panneaux solaires et fabrique aujourd’hui plus de la moitié des modules commercialisés sur la planète. Cette surproduction chinoise à bas coût a provoqué une forte baisse des prix dans le monde, de 45 % en 2011, puis de 25 % en 2012. En 2011, Pékin a vendu pour 21 milliards d’euros de panneaux solaires et autres composants à l’UE, soit environ 60 % du total des exportations chinoises dans ce domaine.

 

La filière solaire européenne souffre de cette concurrence chinoise. Rien qu’en 2012, une vingtaine de fabricants majeurs ont été contraints de cesser leur activité, dont l’entreprise allemande Q-Cells, pourtant anciennement numéro un mondial des cellules photovoltaïque. Pour la Commission européenne, non seulement 30 000 emplois sont menacé par l’inondation du marché par les panneaux chinois et mais c’est également la possibilité d’atteindre la souveraineté énergétique grâce aux énergies renouvelables qui est remise en jeu.

 

Devant le dumping économique de la Chine, l’institution européenne a décidé de réagir le 4 juin dernier en imposant des taxes sur les panneaux solaires chinois, d’abord au taux de 11,8%, puis à 47% en moyenne à compter du 6 août si la Commission ne parvient pas à trouver un accord avec Pékin.

Cette décision connaît toutefois des limites. Ces taxes sont tout d’abord provisoires, puisqu’elles ne sont effectives que pour une durée de six mois. Moins qu’une défense, elles sont surtout un argumentaire pour obliger la Chine à revoir sa stratégie commerciale. Par ailleurs, l’Europe est profondément divisée autour de cette décision. Un nombre conséquent d’Etats membres conteste cette taxe jugée contraire à leurs intérêts économiques. Si les pays d’Europe orientale ont dramatiquement besoin des investissements chinois, l’Allemagne est plus particulièrement accusée de jouer contre l’Union. « Dans cette affaire, Mme Merkel privilégie les intérêts allemands », estime le député européen Yannick Jadot (EELV), « elle redoute des rétorsions et par ailleurs les panneaux solaires sont faits avec des machines-outils allemandes ».

 

La Chine n’est pas en reste. Au lendemain de la décision de la Commission européenne, Pékin a répliqué en menaçant d’une enquête « anti-dumping et anti-subventions » contre le vin en provenance de l’Union européenne. Cette mesure doit elle aussi servir d’argumentaire pour peser dans les futures négociations avec l’Europe.

 

Mathieu Ravignan

 

 

Crédit photo : ®Miguel Tavares Cardoso

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