Plantes carnivores : les frelons asiatiques n’ont qu’à bien se tenir!

 

Bonheur 2

Une découverte intéressante, pour les scientifiques et les apiculteurs, a vu le jour dans le jardin des plantes de Nantes. Une plante carnivore capable d’attirer et de digérer l’espèce nocive et envahissante que sont les frelons asiatiques. La Sarracénie est cultivée depuis 2010 dans les jardins de la préfecture de Loire-Atlantique.

La Sarracenia est une plante carnivore, simple à cultiver, et extrêmement vorace. Ses feuilles piègent des insectes et ses fleurs peuvent atteindre plus de 90 centimètres de hauteur. C’est en se promenant dans son paradis de verdure que Romaric Perrocheau, directeur du Jardin des plantes, a fait un constat « Là, c’est du frelon asiatique ! Il est vraiment bien gros, légèrement orangé. La plante, on voit qu’elle n’arrive pas à digérer l’aile. » Les tueurs d’abeilles sont enivrés par le nectar et les phéromones que produit la plante. Ils se posent, hument ce délicieux mélange d’odeurs et se font happer dans le tube de la feuille. Ils restent piégés au fond et se font digérer par des sucs digestifs.

En réalité, l’origine de la découverte remonte à l’automne dernier lorsqu’un jardinier botaniste répondant au nom de Christian Besson a remarqué que la Sarracénie alléchait ces frelons venus de la région de Shanghaï. Romaric Perrocheau s’est tout de suite mis au travail, subodorant une voie pour l’éradication de cette espèce invasive. Pour ce faire, il a fait appel à un entomologiste du Muséum d’Histoire naturelle afin de scruter l’intérieur de 200 feuilles de cette plante étonnante. C’est en moyenne trois frelons asiatiques et trois mouches qui ont été trouvés dans chaque urne (feuille). Pas une seule guêpe, abeille, ou un seul frelon européen n’a été piégé par cette plante. Cela ouvre donc la voie aux chercheurs pour synthétiser cette substance olfactive dans le but de créer une solution visant à éradiquer le vespidé envahisseur.

Éric Darrouzet, enseignant-chercheur à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (IRBI) de l’Université de Tours, conduit depuis 2011 des recherches sur cet insecte. Contacté par le jardin des plantes de Nantes, le biologiste et son équipe sont « en train d’examiner les molécules libérées dans l’atmosphère par la plante pour voir quelles odeurs attirent le frelon (…). Capturer ces molécules et les identifier au niveau chimique n’est pas un travail simple et peut prendre une semaine ou un an ». Le chercheur compte beaucoup sur cette trouvaille pour synthétiser une molécule attractive, un genre d’appât sélectif, qui pourrait améliorer le prototype qu’il teste actuellement à Tours. Sa commercialisation est prévue pour 2016.

Il convient toutefois d’être prudent. Aucune solution d’éradication viable n’a été découverte à ce jour. Cependant, la Sarracénie semble une bonne piste pour réguler la population de frelons asiatiques. Romaric Perrocheau conseille aux apiculteurs de placer ces fleurs à coté de leurs ruches et à tout un chacun de les cultiver, dans des zones à risques, pour se protéger de leurs attaques.

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