Les Transitions
Vers la baisse de l'énergie nucléaire ?
Si le processus de transition énergétique engagé par le gouvernement français a fait de la réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% du mix énergétique national un objectif prioritaire, il ne prévoit pas pour autant, même à long terme, l’abandon de cette énergie indispensable à la stabilité du réseau électrique français. La tendance générale en France comme à l’international, en lien avec l’urgence des enjeux climatiques, imposerait même plutôt l’inverse et privilégierait pour les décennies à venir une prolongation de la durée d’exploitation des centrales nucléaires afin d’accompagner au mieux le développement progressif des énergies renouvelables. Une volonté que l’on retrouve en France donc et qui nécessite aujourd’hui des contrôles toujours plus pointus et de lourds investissements en matières de sécurité et de sûreté des équipements nucléaires. 
Dans une lettre de mission rendue public par le quotidien les Echos la semaine dernière, le gouvernement demande à l’électricien français EDF d’améliorer les performances de ses 58 réacteurs et de définir « un projet industriel de long terme relatif à la maintenance, à la prolongation et au renouvellement du parc de production d’EDF, en conformité avec les dispositions et objectifs de la loi de transition énergétique ». Un projet qui reposera sur la mise en œuvre progressive du programme d’investissements dit « de grand carénage », « en adaptant en conséquence la durée d’amortissement du parc électronucléaire ».
Le gouvernement sous-entend ainsi que la durée de vie d’une partie au moins du parc nucléaire pourrait être prolongée au-delà de quarante ans, et autorise l’exploitant électronucléaire français à allonger la durée d’amortissement de ses installations. Une validation officielle qui vient donc confirmer une ambition de prolongation pressentie depuis plusieurs années.
Cela étant, les chantiers de modernisation et de rénovation des centres de production nucléaire nécessitent des investissements conséquents, et la prolongation d’activité ne pourra être décidée sans l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en charge des examens de sûreté des installations opérés lors des visites partielles et décennales. Ces examens consistent à comparer l’état réel de l’installation au référentiel de sûreté et à la réglementation applicable. Ils sont suivis par des réévaluations qui permettent dans un second temps d’intégrer les améliorations sur les équipements et dans les organisations sur l’ensemble du parc. Ces dernières évaluations visent donc à apprécier la sûreté de l’installation et à l’améliorer au regard des réglementations françaises, des objectifs et des pratiques de sûreté les plus récents, en France et à l’étranger.
Une fois ce processus terminé, l’ASN doit se prononcer, après consultation éventuelle du groupe permanent d’experts pour la sûreté des réacteurs nucléaires (GPR), sur la liste des thèmes choisis pour faire l’objet d’études de réévaluation de sûreté, et les objectifs associés, lors de la phase dite d’orientation du réexamen de sûreté. A l’issue des études réalisées par EDF sur chacun des thèmes retenus, des modifications permettant des améliorations de sûreté sont définies. Elles seront déployées pendant la visite décennale du réacteur.
Précisons ici que l’ASN vient tout justement de donner son feu vert à EDF pour démarrer la troisième visite décennale de ses réacteurs de 1.300 MW et s’assurer de leur bon fonctionnement jusqu’à leurs 40 ans. Comme précisé dans un communiqué, « l’ASN n’a pas identifié à ce stade d’éléments génériques mettant en cause la capacité d’EDF à maîtriser la sûreté de ses réacteurs de 1300 MW jusqu’au réexamen de sûreté associé à leur quatrième visite décennale ». Ces autorisations concernent ici 20 réacteurs donc les visites décennales commenceront en 2015 et s’étaleront jusqu’en 2024.

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