Une organisation environnementale accuse le géant du numérique d’avoir recours à des montages financiers douteux afin d’éviter d’assumer les coûts liés à la construction de son vaste data center dans le sud-est des États-Unis.
Alors que Meta se targue de bâtir prochainement son plus vaste centre de données en Louisiane, le projet pourrait bien cacher un imbroglio. D’après les informations de Reuters, l’organisation environnementale Earthjustice, spécialisée dans le contentieux écologique, a saisi la Commission des services publics de l’État afin d’obtenir un examen approfondi du dossier.
En cause : un montage financier jugé douteux par les plaignants. Le recours déposé le mercredi 14 janvier 2026 dénonce des manœuvres destinées à permettre au groupe fondé par Mark Zuckerberg de se soustraire à ses engagements initiaux.
À l’origine, l’entreprise devait garantir le financement du projet sur quinze ans, incluant la construction de trois centrales à gaz et d’infrastructures de transmission. Mais après une restructuration via une entité nouvellement créée — Beignet Investors — dont Meta n’est plus que locataire, le géant du numérique peut désormais résilier son bail au bout de seulement quatre ans.
Une facture susceptible de retomber sur les ménages
À ce stade, la quasi-totalité des coûts de construction resterait impayée, selon Earthjustice. Ces milliards de dollars non couverts seraient alors automatiquement transférés aux consommateurs louisianais — ménages et petites entreprises — à travers leurs factures d’électricité, affirme l’avocate de l’association, Susan Stevens Miller, citée par Reuters.
D’où la démarche du groupe environnemental, présentée comme une première du genre aux États-Unis. L’inquiétude suscitée par les pratiques de Meta s’avère d’autant plus forte que ce projet de data center, approuvé par l’État en août dernier, relance le débat sur le coût social de la révolution numérique.
« Ce centre consommerait environ trois fois plus d’électricité que l’ensemble de la ville de La Nouvelle-Orléans », indique Paul Arbah, analyste à l’Union of Concerned Scientists (Union des scientifiques préoccupés), au micro de CBS News.
Une contestation croissante des data centers énergivores
Véritables cathédrales de l’ère numérique, les centres de données se multiplient à travers le pays pour répondre à la demande exponentielle des technologies d’intelligence artificielle.
Pour les communautés rurales comme celle de Richland Parish, où doit s’élever l’installation, ces investissements représentent un pari risqué : celui d’échanger la promesse incertaine d’un essor économique contre la quasi-certitude d’une pression accrue sur des ressources énergétiques limitées et d’une hausse des factures pour des foyers déjà fragiles.
Au-delà des enjeux financiers et climatiques, c’est le processus décisionnel lui-même qui suscite la frustration au sein de la population. Donna Collins, habitante de la région, confie à CBS son sentiment d’exclusion : « Je n’ai vraiment pas eu l’impression d’avoir voix au chapitre, et je ne connais pas beaucoup de gens qui l’ont eue. Certains ont essayé de s’y opposer, sans succès. »
