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Victoire autochtone contre le dragage du Tapajós

Face à une mobilisation inédite des communautés indigènes, le gouvernement brésilien a annoncé l’annulation d’un texte qui aurait ouvert les voies navigables amazoniennes à la privatisation.

« Le fleuve a gagné, la forêt a gagné, la mémoire de nos ancêtres a gagné ». Au Brésil, le Conseil indigène Tapajós et Arapiuns a laissé éclater sa satisfaction après l’annonce, le 24 février, de la révocation par le gouvernement fédéral d’un décret controversé.

Adopté en août dernier, ce texte prévoyait d’ouvrir les grands axes fluviaux de l’Amazonie à la gestion d’entreprises privées, leur confiant les opérations de dragage, d’entretien et de régulation du trafic fluvial. Trois principales artères étaient concernées : les fleuves Tapajós, Madeira et Tocantins.

Une perspective qui inquiétait profondément les peuples autochtones et les communautés riveraines. Ceux-ci redoutant que leurs cours d’eau ne deviennent de simples corridors d’exportation au service de l’agro-industrie, en particulier du soja.

Le dragage intensif nécessaire à la circulation des cargos menaçait, selon eux, de polluer durablement les eaux et de déséquilibrer les écosystèmes aquatiques dont dépend leur subsistance.

Une occupation qui a tout changé

La mobilisation s’est intensifiée après l’annonce d’un appel d’offres pour le dragage du tronçon Santarém-Itaituba du Tapajós, évalué à 61,8 millions de reals, alors même que les études environnementales restaient inachevées.

Pour des milliers de familles vivant au bord des rivières, le poisson représente en effet à la fois la nourriture quotidienne et la principale source de revenus. Pendant plusieurs semaines, des groupes autochtones ont ainsi manifesté devant le terminal céréalier de Santarém, dans l’État du Pará, géré par le géant américain Cargill.

« Ce fleuve, c’est notre vie. Ce n’est pas une autoroute à céréales », ont résumé les leaders du mouvement Tupana, dont la lutte a rapidement trouvé un écho bien au-delà des frontières amazoniennes.

La situation a basculé le week-end précédent l’annonce de la révocation du décret querellé lorsque des manifestants ont franchi les grilles du port fluvial et occupé les installations, contraignant à la suspension totale des opérations.

Les contradictions d’un gouvernement tiraillé

« C’est un gouvernement disposé à revenir sur sa propre décision lorsqu’il comprend et reconnaît leur position. Ce n’est pas un gouvernement qui écrase la forêt ou les peuples autochtones », a déclaré Guilherme Boulos, secrétaire général de la présidence à propos de la révocation, cité par le Washington Post, alors que le président Lula était en déplacement à l’étranger.

« Révoquer ce décret est plus qu’une décision politique. Cela confirme que la lutte des peuples autochtones et des communautés qui ont résisté n’a jamais été vaine », a pour sa part déclaré le Conseil indigène Tapajós et Arapiuns, dans un communiqué.

Cet épisode s’inscrit dans une tension de fond qui traverse le Brésil depuis des décennies : celle entre le développement économique d’une région aux ressources colossales et la protection des droits des peuples qui y vivent depuis des millénaires.

Si le gouvernement se positionne volontiers comme défenseur de l’Amazonie sur la scène internationale, ce décret avait suscité des critiques acerbes, y compris parmi ses propres soutiens, soulignant les contradictions d’une politique agricole toujours très tournée vers l’export.

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