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Du textile sans arbres ni pétrole

La startup américaine Rubi ambitionne de rendre la chaîne d’approvisionnement textile mondiale plus durable en capturant le dioxyde de carbone pour transformer ce gaz en cellulose, à l’aide d’enzymes optimisées par l’intelligence artificielle.

Vos vêtements pourraient bientôt être issus d’un réacteur. C’est en tout cas le pari de Rubi, jeune entreprise américaine basée à San Francisco, qui vient de lever 7,5 millions de dollars.

Ce tour de financement, piloté par AP Ventures et FH1 Investments, avec la participation de CNPC Ventures, du groupe H&M, de Talis Capital et d’Understory Ventures, s’ajoute à 60 millions de dollars d’accords d’achat pluriannuels conclus avec plusieurs grandes marques de mode et de biens de consommation.

Ces fonds permettront de construire un prototype industriel capable de produire des dizaines de tonnes de matière en utilisant le CO₂ comme matière première.

Selon la directrice générale Neeka Mashouf, citée par WWD (Women’s Wear Daily), l’objectif est de « répondre à la forte demande mondiale de production modulaire et abordable de matériaux essentiels à partir de carbone résiduel, dans les secteurs du textile, de la chimie, des biens de consommation et de l’aérospatiale ».

Une cascade d’enzymes pour court-circuiter la forêt

L’enjeu est d’autant plus crucial que d’après les données rapportées par TechCrunch, le secteur textile génère aujourd’hui plus de pollution carbonée que l’aviation internationale et le transport maritime réunis, tandis qu’un camion entier de vêtements est mis à la décharge toutes les secondes dans le monde.

Face à cette double crise — climatique et matérielle —, Rubi a décidé de s’attaquer à la cellulose, un composant essentiel de nombreuses fibres textiles, encore largement issu du bois, qu’il provienne de plantations industrielles ou de forêts primaires. Ces approvisionnements sont souvent longs, opaques et liés à la déforestation.

La technologie développée par le groupe consiste à reproduire des mécanismes biologiques habituellement confinés à l’intérieur des cellules, mais en les opérant à l’extérieur de celles-ci.

Concrètement, la startup utilise une cascade d’enzymes pour transformer le dioxyde de carbone en cellulose — une approche distincte de celles qui recourent à des bactéries génétiquement modifiées dans des fermenteurs ou à des catalyseurs chimiques.

Un matériau déjà éprouvé

Pour améliorer la performance et la stabilité de ses enzymes, Rubi fait appel à l’intelligence artificielle et au machine learning. Dans ses réacteurs, elles évoluent dans une solution aqueuse ; lorsque le CO₂ y est injecté, une cellulose blanche se forme en quelques minutes à peine.

Ces réacteurs sont assemblés en modules de la taille d’un conteneur maritime, rendant le système modulaire et facilement déployable. Le matériau a déjà été testé avec 15 partenaires pilotes, dont H&M, Patagonia et Walmart.

« Nous avons désormais démontré que cette technologie peut être déployée à grande échelle de manière efficace et qu’elle satisfait ou dépasse les normes de produits de nos clients, marquant un point d’inflexion dans sa commercialisation », confie Neeka Mashouf à WWD.

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