Un jury de Los Angeles a déclaré les deux géants de la tech légalement coupables d’avoir conçu des plateformes délibérément addictives.
Si l’on savait déjà que les réseaux sociaux pouvaient créer une dépendance, un nouveau verdict vient pour la première fois reconnaître la responsabilité des géants du secteur dans la genèse de cette addiction.
Un jury populaire de Los Angeles a jugé, mercredi 25 mars 2026, Meta et Google — respectivement maisons mères d’Instagram et de YouTube — responsables des troubles psychologiques subis par une utilisatrice devenue accro à leurs plateformes alors qu’elle n’était encore qu’enfant.
La plaignante, une jeune Californienne aujourd’hui âgée de 20 ans, a affirmé à la barre que son usage intensif d’Instagram et de YouTube — qu’elle décrit comme des environnements délibérément conçus pour la retenir — avait directement nourri une dépression majeure et des pensées suicidaires.
Pour soutenir sa position, ses avocats ont notamment ciblé la conception même des applications concernées ; c’est-à-dire leurs algorithmes de recommandation, leurs systèmes de récompense dopaminergique ainsi que leurs boucles d’engagement infinies.
Un argument juridique décisif
Cette approche rompt avec la stratégie généralement employée jusqu’ici, qui consiste à attaquer les plateformes sur les contenus auxquels les victimes ont été exposées. Une option longtemps verrouillée aux États-Unis par la Section 230 du Communications Decency Act, laquelle exempte les plateformes de toute responsabilité éditoriale.
En recentrant le débat sur le design produit plutôt que sur les publications des utilisateurs, la plaignante a ainsi privé Meta et Google de leur traditionnelle ligne de défense. Le jury a donc condamné Meta à assumer 70% des 3 millions de dollars de dédommagements – soit 2,1 millions de dollars – et Google à prendre en charge les 30% restants, soit 900 000 dollars.
Les jurés ont en outre estimé que le comportement des deux groupes relevait de la malveillance ou d’une négligence grave. Une telle qualification pourrait ouvrir la voie à des dommages punitifs dans de futures affaires, alors que les entreprises technologiques sont de plus en plus sommées de répondre des effets délétères de leurs produits.
L’heure du “Big Tobacco” pour la Silicon Valley ?
Pour de nombreux observateurs, ce verdict évoque les grandes condamnations infligées dans les années 1990 aux entreprises du tabac. Ces dernières avaient longtemps refusé de reconnaître la dépendance à la nicotine et les pathologies associées, avant d’être obligées par la justice à d’importantes réparations financières et à une transparence accrue sur leurs pratiques.
D’après le rapport Digital 2026 du cabinet DataReportal, un utilisateur moyen de TikTok passe aujourd’hui 1 h 37 par jour sur la plateforme, YouTube suit avec 1 h 25, Instagram atteint 1 h 13, et Facebook dépasse légèrement le seuil de l’heure quotidienne.
Ces chiffres traduisent l’emprise algorithmique patiemment perfectionnée par les réseaux sociaux au fil des ans, au détriment, selon leurs détracteurs, de la santé mentale des jeunes publics. Meta et Google ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel.
