Une nouvelle étude démonte l’idée reçue selon laquelle le développement sans énergies fossiles serait plus coûteux et plus lent.
Et si les pays émergents pouvaient se développer sans emprunter la voie polluante et onéreuse des énergies fossiles ? C’est précisément la thèse défendue par le think tank britannique Ember, spécialisé dans les énergies renouvelables, dans une récente étude.
Publiée le 2 avril à la demande du Forum des pays vulnérables au climat (CVF) — une coalition de 74 États répartis entre l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine —, cette analyse montre que la transition vers les énergies propres, loin d’être un privilège des économies avancées, constitue pour ces nations marginalisées l’option la plus rationnelle pour soutenir leur croissance.
Cette réalité soutenue par la logique économique s’explique par la situation particulière de ces pays. Dans ce groupe qui ne représente collectivement que moins de 5 % du PIB mondial, près de 500 millions de personnes — majoritairement en Afrique subsaharienne — n’ont absolument aucun accès à l’électricité.
Cinq cents autres millions subissent des coupures fréquentes qui paralysent toute activité productive. Or sans source d’énergie stable et constante, développer une industrie relève de l’impossible.
Une question d’opportunité
À ces contraintes s’ajoute le poids considérable des importations d’hydrocarbures. En 2024, ces États ont déboursé 155 milliards de dollars pour se procurer des combustibles fossiles sur les marchés internationaux. La hausse récente des prix du pétrole, notamment liée aux tensions en Iran, accentue encore cette dépendance.
Dans ce contexte, les énergies renouvelables apparaissent comme une opportunité. Car faut-il le rappeler, entre 2010 et 2020, le coût de l’électricité solaire a chuté de 85 %, celui de l’énergie éolienne d’environ 50 %.
Ember met également en avant la flexibilité des solutions renouvelables. De petites installations solaires, individuelles ou collectives, permettent d’alimenter en électricité des zones rurales isolées ou des habitations dispersées, sans nécessiter le déploiement d’infrastructures lourdes.
Une rupture fondamentale avec le modèle centralisé des hydrocarbures, qui exige des investissements massifs dans des pipelines, des raffineries et des réseaux de distribution que ces pays n’ont jamais eu les moyens de construire à grande échelle.
Des success-stories qui accélèrent
De fait, près de la moitié des 74 pays membres de la coalition adoptent l’énergie solaire à un rythme plus soutenu que les États-Unis. Au Maroc, la part de l’éolien dans la production électrique nationale a doublé en l’espace de huit ans.
En Namibie, celle du solaire a été multipliée par six sur la même période. Selon l’étude, ces résultats traduisent des orientations politiques assumées, guidées par une quête d’indépendance énergétique rendue urgente par des décennies de dépendance aux importations d’hydrocarbures.
L’exemple du Pakistan est révélateur en ce sens que l’expansion solaire y est financée par l’épargne privée des ménages, sans attendre l’État. « L’ancien arbitrage entre climat et développement imposé par les combustibles fossiles n’est plus d’actualité », tranche Sara Jane Ahmed, Directrice générale et Conseillère financière du CVF.
