Les autorités de New Delhi demandent le blocage de cette plateforme de messagerie conçue pour fonctionner sans connexion internet ni réseau mobile, évoquant des rsiques pour la sécurité nationale.
Le ministère indien de l’Intérieur, par l’intermédiaire de son organe technique dédié à la cybercriminalité, l’Indian Cyber Crime Coordination Centre (I4C), a ordonné le retrait de BitChat, l’application développée par l’ancien patron de Twitter, Jack Dorsey.
Apparue pour la première fois sur la plateforme de développement collaboratif GitHub en juillet 2025, l’application est présentée comme un outil expérimental de communication hors ligne.
Contrairement à la quasi-totalité de ses consœurs, construites sur un modèle dit « en étoile » — où chaque appareil dépend d’un point de routage central, unique et donc vulnérable en cas de défaillance ou de saisie —, Bitchat repose sur une technologie de maillage Bluetooth, ou mesh.
Ainsi, chaque téléphone devient à la fois émetteur et relais, ce qui permet aux messages chiffrés de rebondir automatiquement d’appareil en appareil, sans jamais transiter par un serveur central. Concrètement, l’application ne nécessite ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail, ni connexion à un réseau mobile ou à Internet.
Un contournement technique qui inquiète les autorités
Elle transforme la foule elle-même en infrastructure de communication. Plus la densité de personnes équipées augmente, plus le réseau devient rapide et robuste. Ce fonctionnement décentralisé rendait le suivi des échanges particulièrement difficile pour les services de renseignement.
Dans le cadre des rassemblements contre le régime du président Narendra Modi actuellement en cours dans le pays, cette caractéristique aurait permis aux participants de transformer leur simple présence physique en un canal de communication difficile à intercepter.
D’autant que, pour tenter de désorganiser la foule, les autorités ont rendu inopérantes, par brouillage ou coupure de signal, des applications comme WhatsApp ou Telegram, entièrement dépendantes des antennes-relais et des réseaux mobiles centralisés.
Face à l’impossibilité de bloquer Bitchat, les autorités indiennes ont enjoint à GitHub, plateforme d’hébergement du code de l’application, de retirer son dépôt open source.
Une démarche vouée à l’échec ?
New Delhi justifie cette décision par plusieurs dispositions de l’Information Technology Act, ainsi que par le code d’éthique des médias numériques et les règles applicables aux intermédiaires, adoptées en 2021. Pour le gouvernement indien, ce type d’application permet une coordination des manifestants échappant à tout contrôle, avec un risque de diffusion de contenus incendiaires sans possibilité de modération.
« Ils [le gouvernement indien] ne se contentent pas de cibler le fournisseur de service désigné, mais cherchent à affirmer que le développement open source de ce type de produit ne devrait pas avoir lieu », explique à TechCrunch Raman Chima, directeur des programmes mondiaux à l’Association for Progressive Communications, un réseau international de défense des droits numériques.
L’initiative semble toutefois vouée à l’échec. Selon l’Internet Freedom Foundation (IFF), une organisation de défense des droits numériques basée à New Delhi, retirer le code source de GitHub n’efface pas l’application des téléphones qui l’ont déjà installée, et le réseau continue de fonctionner sans serveur à couper. La seule conséquence réelle serait d’empêcher d’autres personnes de consulter ou de vérifier le code.
