Bruxelles voit dans le nouveau site de stockage géologique en mer du fabricant d’engrais néerlandais Yara, un modèle pour ses ambitions de décarbonation énergétique. Mais le problème à résoudre est peut-être plus important que la solution.
Trois ans après la signature de l’accord dédié, le village néerlandais de Sluiskil, dans la province de Zélande, a accueilli, le 7 septembre 2026, l’inauguration du site de captage et de stockage du carbone (CSC) de Yara, le groupe norvégien spécialisé dans les engrais minéraux, l’ammoniac et diverses solutions chimiques industrielles.
Il s’agit d’une première collaboration transfrontalière historique dans le domaine du captage et du stockage de CO₂. L’intérêt pour l’Union européenne est d’autant plus crucial que Bruxelles est confrontée à un défi climatique structurel : le poids croissant des émissions de dioxyde de carbone de son industrie.
« L’Europe a besoin de solutions climatiques pratiques qui permettent de réduire réellement les émissions tout en renforçant la compétitivité industrielle. Le projet de captage et de stockage du carbone de Sluiskil montre ce qui est possible lorsque l’innovation et la coopération transfrontalière se rejoignent. C’est exactement le type de projet dont l’Europe a besoin pour associer ambition climatique et base industrielle forte et résiliente », a ainsi vanté Wopke Hoekstra, commissaire européen chargé du climat, du zéro net et de la croissance propre, dans son discours d’ouverture.
Un projet érigé en modèle
Les ambitions portées par le projet ne sont pas moindres. Concrètement, le gaz carbonique rejeté par Yara sera transporté par bateau via Northern Lights, afin d’être stocké de manière permanente à 2,6 kilomètres sous le fond marin, sur le plateau continental norvégien.
« Une réalisation technique impressionnante », mais dont l’importance dépasse largement le domaine de l’ingénierie, d’après Svein Tore Holsether, directeur général de Yara International.
« La décarbonation ne doit pas être un coût à gérer, mais un avantage concurrentiel à conquérir. Nous devons aller plus vite », a-t-il plaidé, évoquant la pression exercée sur l’industrie européenne par les inquiétudes croissantes concernant l’autonomie stratégique et la résilience des chaînes de valeur.
Les limites d’un modèle
Bien qu’une partie du projet — le stockage final — se situe en Norvège, donc hors de l’UE, celle-ci y voit l’étendue du possible pour ses ambitions climatiques. Bruxelles met notamment en avant les chiffres, dont une capacité de captage et de liquéfaction estimée à 800 000 tonnes de CO₂ par an.
Projetée sur 15 ans, cette capacité représente environ 12 millions de tonnes de dioxyde de carbone à stocker. Reste que l’Union européenne s’est fixée pour objectif d’enfouir 50 millions de tonnes de CO₂ par an d’ici à la fin de la décennie.
Par ailleurs, la capacité de captage du site ne couvre même pas les émissions de Yara, estimées à plus de 15 millions de tonnes de CO₂ en 2025, selon le Financial Times. L’autre limite concerne le nerf de la guerre. Le dispositif de captage du carbone reste, pour l’heure, économiquement non viable.
