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Washington dégaine contre un programme DEI pour la première fois

L’agence fédérale américaine chargée de la lutte contre les discriminations au travail lance une offensive judiciaire contre un partenaire de Coca-Cola, accusé d’avoir organisé un événement d’entreprise réservé exclusivement aux femmes.

L’Equal Employment Opportunity Commission (EEOC) a déposé mardi 17 février 2026 une plainte devant un tribunal fédéral du New Hampshire contre Coca-Cola Beverages Northeast, filiale du groupe japonais Kieran Holdings et par ailleurs embouteilleur et distributeur de produits Coca-Cola.

Au cœur du dossier figure un événement de réseautage de deux jours tenu en septembre 2024 dans un casino du Connecticut, comprenant une réception conviviale, des activités de team building, des moments de détente et des interventions de dirigeants, dont un cadre supérieur de Coca-Cola.

Les participantes avaient été dispensées de leurs tâches professionnelles durant la rencontre, sans devoir prendre de congés, et l’entreprise avait pris en charge la totalité de leurs frais d’hébergement.

Problème : aucun homme n’avait été invité parmi les quelque 250 participantes. Un cas de discrimination fondée sur le sexe, selon l’EEOC.

Au cœur de la bataille anti-DEI

Cette action dépasse largement le cadre d’un simple différend entre une agence fédérale et une société régionale. Il s’agit en effet du premier recours judiciaire de l’EEOC visant un programme de diversité, équité et inclusion (DEI) depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025.

L’acronyme DEI désigne les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion mises en œuvre dans les institutions publiques, les universités et le secteur privé aux États-Unis. Le mouvement qui s’est fortement étendu après le meurtre de George Floyd en mai 2020, vise à corriger des déséquilibres historiques persistants, en favorisant la pleine participation de groupes longtemps sous-représentés ou victimes de discriminations systémiques.

Une orientation longtemps décriée par Donald Trump et les conservateurs, qui estiment qu’elle porte atteinte au principe de méritocratie. C’est dans ce contexte qu’a été nommée Andrea Lucas à la tête de l’EEOC, avec pour priorité affichée de remettre en question les programmes DEI.

Une jurisprudence en construction

L’agence fédérale a depuis lancé des investigations visant des groupes tels que Nike et Northwestern Mutual, soupçonnés de discrimination à l’encontre de salariés blancs. Elle avait déjà, l’an passé, adressé des demandes d’informations à une vingtaine de grands cabinets d’avocats concernant leurs politiques internes en matière de diversité et d’équité.

« Exclure une catégorie protégée de travailleurs — en l’occurrence les hommes — de tout événement sponsorisé par un employeur est illégal. L’EEOC reste déterminée à garantir que tous les employés, hommes et femmes, bénéficient d’un accès égal à tous les aspects de leur emploi », estime la conseillère juridique par intérim de l’EEOC, Katherine Eshbach.

Le verdict attendu du tribunal fédéral du New Hampshire sera scruté de près par les entreprises américaines, nombreuses à devoir réévaluer ces derniers mois leurs programmes internes à l’aune d’une jurisprudence encore largement à construire.

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