États-Unis : bataille autour des parcs nationaux
29 mars 2026Présentée comme une réforme budgétaire, la proposition de l’administration Trump de transférer la gestion de sites du parc national aux États a déclenché une résistance bipartisane rare, sur fond de risque de démantèlement du patrimoine naturel américain.
« C’est quelque chose que le peuple américain ne nous pardonnera jamais ». Dans les colonnes de Bloomberg, Mike Simpson, représentant républicain de l’Idaho, met en garde contre un projet de l’administration fédérale présenté comme une mesure de rationalisation budgétaire : le transfert de la gestion de nombreux sites du National Park Service (NPS) aux gouvernements des États ou aux autorités tribales.
Pour la Maison Blanche, l’objectif est de réduire d’environ 1,2 milliard de dollars le budget du NPS, dont près de 900 millions consacrés à l’exploitation des parcs, en se séparant de sites jugés trop secondaires ou trop locaux pour justifier un encadrement fédéral.
« Il faut éliminer environ 350 parcs pour réaliser 900 millions de dollars d’économies budgétaires. Cela concerne tout, des champs de bataille aux littoraux, en passant par les aires de loisirs et les monuments », explique à Bloomberg, Kristen Brengel, vice‑présidente principale des affaires gouvernementales à la National Parks Conservation Association.
Des sites jugés moins stratégiques
Plutôt que de s’attaquer aux grandes icônes — Yellowstone, le Grand Canyon ou Yosemite —, le plan fédéral vise en priorité les parcs de moindre notoriété. Autrement dit, ces lieux de mémoire qui ne figurent pas sur les affiches touristiques, mais qui gardent pourtant des pans entiers de l’histoire américaine.
C’est le cas de l’Andrew Johnson National Historic Site dans le Tennessee ou du Fort Davis au Texas. Le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum assure toutefois vouloir préserver les 63 parcs nationaux considérés comme les « joyaux de la couronne ».
Reste que les États ne veulent pas de cette délégation de la gestion. Pour les élus locaux, cela impliquerait soit d’alourdir la fiscalité, soit de laisser les sites dépérir faute de ressources, deux perspectives politiquement intenables.
L’argument trompeur de la fréquentation
« Ne fichons pas en l’air les parcs nationaux », insiste Simpson, dont dont la position reflète la nature transpartisane de la contestation contre le projet.
« Qu’ils soient très fréquentés ou non, que les gens puissent les voir en personne ou à la télévision, ils ne veulent pas les voir démantelés. Ces projets pour économiser trois sous en se débarrassant des parcs sont impopulaires », souligne de son côté Bengel.
Si leur entretien coûte cher — parfois des centaines de millions, voire des milliards de dollars par an —, c’est précisément parce que ces territoires sont vastes, vivants, et abritent des écosystèmes fragiles, des infrastructures historiques et une biodiversité unique.
En outre, les parcs nationaux génèrent des milliards de dollars d’activité locale, soutiennent des emplois, et attirent des visiteurs du monde entier. Vouloir les “alléger” du budget fédéral revient, d’après leurs défenseurs, à amputer une source de revenus pour faire des économies de façade.

