L’Amérique efface sa science du climat
29 décembre 2025L’administration américaine a discrètement supprimé ou modifié des dizaines de pages web de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) consacrées au changement climatique.
« Les changements dans la production d’énergie du soleil peuvent affecter l’intensité de la lumière solaire qui atteint la surface de la Terre. Bien que ces changements puissent influencer le climat de la Terre, les variations solaires ont joué un rôle mineur dans les changements climatiques observés au cours des dernières décennies ».
C’est ainsi que l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) présente l’une de ses explications concernant le changement climatique sur son site officiel. Une interprétation pour le moins surprenante, tant elle semble dédouaner l’activité humaine, en droite ligne de la doctrine climatosceptique promue sous Donald Trump.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier, le président américain s’emploie à remodeler l’appareil fédéral selon sa vision, privilégiant son propre récit au détriment des faits scientifiques.
Dans cette logique, l’administration Trump attribue le changement climatique à six causes principales : les modifications de l’orbite et de la rotation terrestres, les variations de l’activité solaire, les changements dans la réflectivité de la planète, l’activité volcanique ainsi que les fluctuations naturelles des concentrations de dioxyde de carbone.
Le consensus climatique aux orties
Cette approche s’écarte nettement de la position communément admise par la communauté scientifique. Le GIEC, dont les travaux figurent pourtant parmi les sources citées par l’EPA, affirme depuis longtemps que le réchauffement constaté depuis le milieu du XXᵉ siècle est essentiellement d’origine anthropique.
Les climatologues estiment en effet que la quasi-totalité du réchauffement mesuré depuis 1950 provient des activités humaines, principalement des émissions de gaz à effet de serre issues de la combustion des énergies fossiles, de la déforestation et des pratiques agricoles intensives.
Mais cette réécriture du discours scientifique illustre surtout la pénétration du climatoscepticisme au cœur de Washington. Selon plusieurs chercheurs et journalistes spécialisés dans le suivi des données publiques, plus de quatre-vingts pages web relatives au climat ont été supprimées ou modifiées sur le site de l’EPA ces dernières semaines.
Une source de référence devenue inaccessible
Pendant des années, cette plateforme a pourtant servi de référence incontournable pour les enseignants, les journalistes, les décideurs, ainsi que les étudiants. Le site hébergeait des outils clairs et accessibles présentant l’augmentation des températures mondiales, la hausse des concentrations de dioxyde de carbone et les impacts sur la santé humaine et les écosystèmes.
Les créateurs de contenu éducatif qui s’appuient sur la NASA, la NOAA, le GIEC, la recherche évaluée par les pairs et l’EPA pour citer des sources officielles voient désormais leur travail compliqué par l’inacessibilité de cette source.
Pour la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte citée par Le Monde, la démarche de l’administration fédérale, représente « le dernier avatar d’une attaque brutale contre la place de la science et des faits pour éclairer les politiques publiques et les choix de société ».

