L’aquaculture, fausse amie des océans

L’aquaculture, fausse amie des océans

15 octobre 2026 0 Par La rédaction

Présentée comme un moyen de faire baisser la pression sur les espèces vivant dans les océans, cette industrie a fini par provoquer l’effet inverse, d’après une nouvelle enquête-fleuve.

« Que se passe-t-il lorsque nous pêchons dans l’océan non pas pour nourrir les humains, mais pour nourrir d’autres animaux ? » C’est la question que pose en creux le collectif de journalistes d’investigation spécialisé dans les problématiques liées à la vie maritime, The Outlaw Ocean Project, dans sa nouvelle enquête vertigineuse « Food for Feed » (De la nourriture pour nourrir les animaux).

Fruit de cinq ans de travail ayant mobilisé plus de 24 journalistes internationaux, l’enquête explore les différents mécanismes derrière l’aquaculture. Il en ressort que cette activité, vantée comme vertueuse, ne l’est pas en réalité.

« Historiquement, la pisciculture, ou l’élevage de poissons, était censée alléger la pression sur les océans. Mais, en fait, elle produit l’effet inverse en raison de la manière dont nous menons cette activité », indique Ian Urbina, fondateur et directeur de The Outlaw Ocean Project, au micro de France 24.

Il relève notamment que « les deux tiers des poissons d’élevage dans le monde sont nourris de la farine de poisson et de l’huile de poisson ». Plus de 1 400 usines de farine de poisson réparties dans 64 pays ont été localisées par les journalistes.

Le grand paradoxe d’une industrie « verte »

Cette façon de procéder s’apparente, autrement dit, à une industrie qui se mord la queue.

« En nourrissant les poissons que nous essayons d’élever avec des poissons que nous avons pêchés, nous augmentons en réalité la pression sur les océans au lieu de la réduire. Nous sommes, en quelque sorte, en train de vider les océans pour soutenir une activité qui, à l’origine, était censée ralentir ce processus », ajoute Ian Urbina.

De fait, un cinquième de la pêche mondiale est destiné à alimenter cette industrie. Ces apports sont d’autant plus importants que la moitié des poissons et des fruits de mer consommés dans le monde proviennent de l’élevage.

Un double fardeau à supporter

Problème : les poissons pêchés pour nourrir des espèces plus commercialisables dans le cadre de l’aquaculture auraient dû servir normalement de nourriture à des animaux de plus grande envergure dans les océans.

« Les relations alimentaires naturelles — qui mange quoi et comment l’énergie passe des plantes aux animaux, puis aux humains — ne sont plus principalement déterminées par les écosystèmes. Elles sont désormais façonnées par l’organisation industrielle », écrit le collectif sur son site internet.

L’un des contrecoups de ce mode de fonctionnement est l’aggravation de la faim, notamment dans les sociétés principalement dépendantes de la pêche artisanale, où le poisson se raréfie.

Or, il s’agit de la principale source de protéines et de revenus pour plus de 800 millions de personnes dans le monde. The Outlaw Ocean Project a également documenté des cas de travail forcé et de violations des droits humains qui se multiplient dans plusieurs régions avec le développement de l’aquaculture.