Pékin devance Musk dans la course au cerveau connecté

Pékin devance Musk dans la course au cerveau connecté

8 juin 2026 0 Par La rédaction

Les autorités sanitaires chinoises ont approuvé la mise sur le marché d’un implant cérébral destiné aux personnes paralysées. Une première mondiale qui place le pays en tête de la course aux interfaces cerveau-machine.

L’Administration nationale des produits médicaux de Chine (NMPA) a accordé son approbation commerciale à NEO, une interface cerveau‑machine mise au point par la startup shanghaïenne Neuracle Technology en collaboration avec des chercheurs de l’Université Tsinghua.

Destiné aux patients souffrant de paralysie à la suite de lésions de la moelle épinière, c’est le premier dispositif de ce type à obtenir une autorisation au‑delà du cadre strict des essais cliniques, où que ce soit dans le monde.

Ni Neuralink, la société d’Elon Musk, ni aucune autre entreprise américaine ou européenne n’a, à ce stade, franchi ce cap. L’appareil se présente sous la forme d’un implant de la taille d’une pièce de monnaie.

Au cours d’une intervention d’environ quatre‑vingt‑dix minutes, ses huit capteurs sont placés sur la dure‑mère, la membrane fibreuse qui recouvre et protège le cerveau. À la différence de la puce N1 de Neuralink, qui pénètre directement le cortex, les capteurs de NEO restent posés sur cette enveloppe protectrice sans la perforer.

Un implant sans batterie piloté par l’intelligence artificielle

Cette architecture est jugée « relativement moins invasive » par Avinash Singh, spécialiste des interfaces cerveau‑machine à l’Université de technologie de Sydney. Les signaux neuronaux sont récupérés de l’extérieur par induction magnétique, via une bobine placée à proximité du crâne.

Ces données sont ensuite transmises en temps réel à un système d’intelligence artificielle chargé de les analyser et de les décoder. Une fois interprétés, les signaux sont renvoyés vers des gants robotiques portés par le patient.

Ces prothèses intelligentes convertissent alors les intentions motrices détectées dans le cerveau en mouvements effectifs des mains. Le protocole est ouvert aux personnes âgées de 18 à 60 ans, et les équipes envisagent déjà d’étendre les indications, notamment aux patients paralysés à la suite d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques.

Des observations cliniques montrent que certains utilisateurs, après une période d’entraînement régulier avec le dispositif, conservent une mobilité partielle des membres même une fois la prothèse retirée.

Une course technologique aux enjeux stratégiques

Si certains commentateurs présentent cette validation comme une victoire chinoise dans une compétition technologique avec les États‑Unis, la réalité est plus nuancée. Outre‑Atlantique, Neuralink comptait 21 participants dans ses essais en janvier 2026, tandis que d’autres startups américaines, comme Synchron ou Paradromics, mènent également des programmes prometteurs.

Mais aucun système d’interface cerveau‑ordinateur (BCI, pour Brain‑Computer Interface) n’a encore reçu de feu vert commercial aux États‑Unis. L’écart s’explique en partie par les calendriers réglementaires et les choix techniques, mais aussi par la volonté politique clairement affirmée de Pékin.

L’autorisation de NEO coïncide d’ailleurs avec le dernier plan quinquennal chinois, qui couvre la période 2026‑2030 et identifie les BCI comme un secteur stratégique, assorti de 17 jalons pour faire de la Chine un leader mondial du domaine.

« Le gouvernement chinois a toujours soutenu les technologies de rupture. Ce signal politique montre que la BCI est passée du concept au produit », souligne Phoenix Peng, cofondateur de plusieurs entreprises spécialisées dans ces interfaces.