Wero, l’arme européenne contre les géants du paiement
21 juin 2026Portée par près de 60 millions d’utilisateurs et une ambition clairement souverainiste, la solution de paiement européenne accélère son déploiement commercial avec le QR code et le sans contact.
À l’heure où le multilatéralisme vacille sous les coups de boutoir de l’administration Trump aux États-Unis, les États et les acteurs économiques cherchent à renforcer leur souveraineté. C’est dans ce contexte qu’a émergé, depuis 2024, Wero, une solution de paiement développée par plusieurs banques françaises.
Reposant sur une architecture de compte à compte — autrement dit un transfert direct entre comptes bancaires sans passer par les réseaux de cartes —, cet outil porté par sept établissements hexagonaux s’est d’abord imposé dans les paiements entre particuliers.
La plateforme revendique désormais plus de 51 millions d’utilisateurs, selon Martina Weimer, directrice générale de l’European Payments Initiative (EPI), à l’origine du projet.
Ce chiffre est en progression continue depuis l’absorption des quelque 35 millions d’inscrits de Paylib, l’ancien service de paiement P2P français, intégré lors de la migration vers Wero. L’ambition affichée est de recomposer en profondeur le paysage des paiements sur le continent.
Offensive sur le commerce
Pour y parvenir, Wero entend franchir une nouvelle étape en s’ouvrant aux paiements chez les commerçants, là où le virement instantané restait jusqu’ici limité aux échanges entre particuliers.
Le dispositif repose notamment sur l’utilisation de QR codes. Sur un site marchand, l’utilisateur sélectionne l’option Wero, scanne le code affiché, vérifie les informations (montant, identité du commerçant) sur son téléphone, puis valide l’opération. La transaction s’effectue en moins de dix secondes, les fonds étant directement crédités sur le compte du bénéficiaire.
Disponible en ligne depuis fin 2025 en Allemagne, le service est en cours de déploiement en Belgique, en France, au Luxembourg et aux Pays-Bas tout au long de l’année 2026, avec des usages omnicanaux — en ligne comme en magasin — prévus dans ces cinq pays.
Au-delà du commerce en ligne, c’est toutefois l’usage en point de vente qui offre les perspectives les plus larges. Martina Weimer met notamment en avant certains cas d’usage encore peu exploités.
Du kiosque à vélos au supermarché
Les petits commerçants, artisans et indépendants qui ne souhaitent pas s’équiper d’un terminal de paiement pourront accepter les transactions via leur smartphone, grâce à un QR code, sans avoir à divulguer leur IBAN. Les services de location de vélos, les marchés ou encore les prestations ponctuelles sont ainsi concernés.
L’objectif est de proposer un paiement fluide à chaque étape du parcours d’achat, jusqu’au supermarché où le client pourrait, à terme, scanner ses articles en rayon et régler directement depuis son téléphone, sans passer en caisse.
Le paiement sans contact via NFC — le geste consistant à approcher son appareil d’un terminal — est également prévu, avec un déploiement progressif à partir de l’automne 2026 parmi les banques partenaires. Une adaptation aux habitudes des consommateurs français, encore peu familiers avec le QR code en magasin.
Sur le plan tarifaire, Wero se positionne comme un concurrent direct en misant sur l’absence de commission d’interchange, des frais plafonnés et modulés selon la taille des entreprises, ainsi qu’une réduction du risque de fraude liée au caractère irrévocable des virements, face à Visa et Mastercard.

