Le déploiement des pseudonymes de WhatsApp suscite des inquiétudes
8 juillet 2026 0 Par La rédactionL’Inde et la Somalie s’élèvent contre le projet d’anonymisation des comptes de l’application de messagerie, entre risques de fraude et menace terroriste.
Le gouvernement somalien a officiellement demandé à WhatsApp de surseoir au déploiement de sa nouvelle fonctionnalité permettant aux utilisateurs de se connecter via un pseudonyme unique, en lieu et place de leur numéro de téléphone, comme c’est le cas jusqu’à présent.
Depuis fin juin, la célèbre application de messagerie, propriété de Meta, offre à ses quelque trois milliards d’utilisateurs dans le monde la possibilité de réserver un identifiant, une option censée être pleinement opérationnelle plus tard dans l’année.
Selon le groupe technologique, il s’agit d’un moyen supplémentaire de protéger l’identité des utilisateurs, puisqu’il serait nécessaire de connaître précisément le pseudonyme d’un compte pour pouvoir le contacter. WhatsApp affirme également avoir prévu des mécanismes de protection pour les profils publics dont les identifiants pourraient être facilement devinés.
Mais les autorités somaliennes ne l’entendent pas de cette oreille. Mustafa Yasin Sheikh, directeur général de l’Autorité nationale des communications, a expliqué à Bloomberg que le remplacement du numéro de téléphone par un identifiant pourrait compliquer la capacité des services de sécurité à identifier des individus impliqués dans le terrorisme, le crime organisé ou d’autres activités illicites.
Un pays en proie à divers fléaux
« Parmi les préoccupations que nous avons soulevées figurent les risques d’usurpation accrue d’institutions gouvernementales et de responsables publics, de fraude financière ciblant l’écosystème de mobile money somalien, ainsi que l’utilisation abusive de communications anonymes par des organisations terroristes telles qu’al-Shabaab et des réseaux de cybercriminalité organisée », indique le responsable du régulateur, cité par Bloomberg.
Ces inquiétudes trouvent un écho particulier dans un pays confronté depuis 2006 à une insurrection meurtrière menée par les shebabs, groupe affilié à Al-Qaïda, qui a entraîné des milliers de déplacements internes et transfrontaliers.
Dans ce contexte, toute innovation susceptible de compliquer l’identification des suspects est perçue comme un enjeu sécuritaire majeur, et non comme une simple question de protection des consommateurs.
L’Inde également sur la défensive
La démarche de Mogadiscio s’inscrit dans le sillage de celle de l’Inde. New Delhi, premier marché mondial de WhatsApp avec plus de 600 millions d’utilisateurs, avait lui aussi demandé à Meta de suspendre le déploiement de cette fonctionnalité, invoquant un risque accru de fraude en ligne.
Dans sa notification, le ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’information (MeitY) avait averti que ces identifiants pourraient faciliter les cas d’usurpation, visant aussi bien des particuliers que des autorités publiques, des institutions financières ou des organismes gouvernementaux.
Face à ces préoccupations, un porte-parole de WhatsApp assure que des dispositifs de sécurité spécifiques ont été intégrés dès la conception de cette option, précisément pour limiter les risques d’usurpation d’identité.
L’entreprise indique par ailleurs qu’elle pourrait afficher le pays d’origine d’un message ou d’un appel, afin de permettre aux destinataires d’identifier la provenance des communications reçues.

